À mi-parcours

En ce moment, je peine. Je travaille sur un manuscrit, écrit très (trop) vite en 2018, qui a déjà suivi une première correction et qui a été relu par une amie. Je suis dans cette deuxième phase de corrections. Longue, profonde. La partie sûrement la plus inconfortable de l’écriture, à mon humble avis. Celle où le doute, cette bête immonde, vient me ronger. Où j’ai perdu le contact enthousiaste avec l’histoire initiale (le flow, tout ça) et où l’écriture devient concrètement et indubitablement du boulot.

Je suis bien entendu la première responsable de cette situation. Ce premier jet, écrit durant le NaNoWriMo 2018 « pour voir si j’en étais capable », soit environ 300 ksec en un mois, n’avait pas été assez préparé. Naïvement, j’ai eu envie de l’écrire dans l’impulsion, un peu comme le créateur du NaNoWriMo le conseille : préparé, mais pas trop. Parce que si on se perd dans la préparation, selon lui, on n’écrit pas. On se contente de faire des recherches à n’en plus finir et on perd l’élan, l’envie, d’écrire. Bref, je suis partie sur une idée globale, deux ébauches de personnages, un genre (le fantastique), une époque (2018), un lieu (Clermont-Ferrand, pourquoi se compliquer la vie ?), avec du rock, des concerts et un fan-club où des trucs bizarres se passent. Et en avant.

Finalement écrire au kilomètre sans se retourner, recommandation de la méthode, ça se fait très bien. Je conçois que ce soit difficile pour un auteur très débutant, mais mine de rien j’avais déjà mon gros pavé de SF et une dizaine de nouvelles à mon actif, donc un peu d’expérience. J’ai aligné les pages, en tachant de pondre un truc cohérent. À peu près.

Le leitmotiv de la méthode, ce que j’en ai retenu : ne pas relire, aller au bout, vous verrez pendant les corrections ce qui a besoin d’être revu.

Ben, voilà, je suis dedans, deux ans et demi plus tard.

Alors, oui, entre temps j’ai passé de longs mois en corrections éditoriales sur Hélios, ce qui m’empêchait de travailler sur Fan-Club (je suis monotâche, je m’en suis rendu compte à cette occasion : impossible pour moi de travailler en profondeur sur deux gros projets en même temps).

Cependant, j’ai conscience que ce premier jet écrit « à l’arrache », eh bien il n’était ni fait ni à faire. La fin surtout était bien loupée, les personnages superficiels, bref, j’ai un gros travail sur ce texte. Et là, on revient sur la notion d’envie. J’ai failli balancer ce roman vingt fois depuis que je l’ai repris. Sérieusement. À me demander si ces personnages allaient ou non toucher les lecteurs et les lectrices, si le temps que j’allais investir dedans valait la peine d’être passé. L’envie, l’élan, le flow, se sont évanouis depuis 2018. J’avais, j’ai encore, envie d’écrire tout autre chose. Pour retrouver le plaisir d’écrire.

Est-ce que ce roman mérite que je le donne en relecture à des collègues qui vont y consacrer du temps ? Je me le demande encore alors que je suis en train de réécrire la fin, d’hésiter à changer le titre du roman… Et d’ailleurs, est-ce que je ne risque pas de m’entendre dire : « y’a matière pour un tome deux » ? Non. Sûrement pas. Pas ça, pitié.

À quel moment sera-t-il terminé ? Quand aurai-je épuisé ce que ce roman a à dire ?

Je suis au milieu du gué. Je sais très bien pour l’avoir expérimenté sur Hélios que je suis à un stade d’écriture pénible : j’ai trop travaillé sur ce bouquin pour l’abandonner maintenant, mais pas assez pour me dire que je suis au bout et me réjouir de passer à autre chose. En fait, j’ai du mal à m’y investir : juste quelques personnages me parlent, me disent qu’ils veulent vivre, d’autres sont encore des silhouettes vides dont je me fiche bien de l’existence (de papier) ou pas. Pour Hélios, je me souviens (ce n’est pas si vieux) que mes personnages brûlaient de sortir de ma tête et de vivre leur vie. Là, c’est encore bien tiède. J’ai du travail de réflexion à mener qui ne se traduit pas encore en mots sur le papier. Frustrant. L’impression de ne pas avancer du tout. Mon inconscient bosse mais ce salaud m’envoie peu de messages positifs ou encourageants.

J’ai écouté le dernier épisode de Procrastination, le podcast animé par Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Estelle Faye, sur l’écriture du deuxième roman. Je n’en suis même pas au stade où je serai effrayée de décevoir mon lectorat (petit en nombre, mais qui a bien aimé mon premier bouquin), ou de ne pas trouver d’éditeur. Simplement, j’aimerais retrouver l’élan.

Alors, on fait quoi quand on se dit autrice ? Eh bien, on se met au boulot, quand même, on avance lentement. C’est ce que je fais : je m’accroche, je veux donner sa chance à ce texte qui a ses bons côtés, quand même. J’aimerais aussi éviter d’en faire un pavé : mon objectif est de faire moins de 500 ksec, pour m’épargner la galère des corrections interminables.

Bref, comme d’autres collègues en ce moment, je suis à la peine. Mais même si je ne parle plus tellement de mes travaux sur les RS (je m’en éloigne comme tant d’autres), je suis toujours là et j’essaie d’avancer. J’en suis à ce jour à 280 ksecs corrigés sur un objectif de 350/400.

Oui Yoda, on a compris. Il n’y a pas d’essai, gnagnagna.

Je voudrais t’y voir. La Force, elle me regarde depuis son canap’ en rigolant, en ce moment.

PS : j’ai reçu des conseils de lâcher-prise, mais en l’occurrence, je pense que c’est la dernière chose à faire. J’ai trop souvent lâché-prise sur ce projet pour faire autre chose (dont les corrections d’Hélios, mais aussi pour écrire des nouvelles, etc. Fuite en avant ?), il faut que je termine maintenant pour libérer enfin mon esprit de son emprise. Jusqu’à la phase suivante de corrections.

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