Les deux mois de la nouvelle : la tour de Babylone de Ted Chiang

(oui, je suis toujours à la ramasse sur le Mois de la nouvelle, hein)

Illustration de Manchu

Ce recueil de huit nouvelles bardées de récompenses (Hugo, Nebula, Théodore Sturgeon, etc), n’est peut-être pas à recommander pour les newbies en science-fiction. J’avoue avoir refermé le livre une première fois après en avoir lu environ la moitié car je n’arrivais pas à entrer dans les textes ; parfois j’avais l’impression étrange de mal les comprendre. En effet, certaines nouvelles sont des illustrations de principes de physique. Les personnes avec un bon bagage scientifique se régalent, mais les autres comme moi peuvent se sentir déstabilisées. Les quelques notes qui figurent en fin de volume peuvent donner quelques indications mais ne sont pas, à mon humble avis, toujours pertinentes. Je trouve même que parfois elles brouillent le message…

Ce retour de lecture est par conséquent le fruit de ma deuxième incursion dans ce recueil, à la suite d’une conversation FB où l’on me recommandait de lui redonner une chance, dont acte. Et comme on avait raison ! Voici mon retour de lecture sans spoiler.

La tour de Babylone : une des nouvelles les plus abordables du recueil. Une réussite de poésie à la limite de la fantasy antique, que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire. Tout un univers se déploie dans ce texte qui pourrait servir de décor à un roman, tant il est approfondi.

Comprends : ce texte m’a un peu rappelé Des fleurs pour Algernon, dans le thème de l’intelligence humaine décuplée par une expérience scientifique. Par contre, l’auteur va plus loin en faisant rencontrer au protagoniste un autre individu aussi intelligent que lui. Dès lors, quelle évolution connaîtra leur relation ? Une nouvelle également abordable, plus philosophique que scientifique.

Division par zéro : j’ai bien aimé cette nouvelle, même si j’en trouve la fin décevante. Il ne faut pas se laisser impressionner par la note de l’auteur en fin de volume, qui n’a rien à voir, me semble-t-il avec la formule mathématique terrible découverte par la protagoniste.

L’histoire de ta vie : j’ai acheté le recueil après avoir vu le film Premier Contact, librement inspiré de cette nouvelle. Autant à l’époque j’avais adoré le film, autant j’ai eu du mal, lors de ma première lecture, à comprendre cette longue nouvelle, plus précisément à y retrouver le film. Maintenant que des mois ont passé, je me suis relancée dans cette lecture, comme si ma mémoire était vierge de toute influence préalable. Et là, curieusement, tout est devenu bien plus clair. Et c’est un bijou que ce texte : un de ses thèmes est de supposer comment des principes qui nous semblent évidents en science pourraient ne pas l’être pour une compréhension extra-terrestre. Je ne saurais trop recommander de lire la nouvelle avant de voir le film, ou à distance, parce que les deux narrations sont très différentes. Ne pas se laisser décourager par les principes variationnels en physique, moi non plus, je n’y connais rien, et on peut apprécier la nouvelle sans saisir cette dimension de l’histoire, je pense. En tout cas, c’est mon cas.

Soixante-douze lettres : une de mes préférées du recueil, un mélange d’histoire de golem, de steampunk, et de théories de science uchronique sur la reproduction humaine. Complètement barrée mais géniale.

L’évolution de la science humaine : plus article que nouvelle, ce billet fictif présentant la science future ne m’a pas beaucoup intéressée. Heureusement, c’est très court parce que je l’ai trouvé un poil rasoir à lire.

L’enfer, quand Dieu n’est pas présent : avis mitigé également pour ce texte bien que le thème soit réjouissant. Que serait notre vie si des manifestations divines (angéliques, plus exactement) se produisaient de façon aléatoire et frappaient de grâces ou de malheurs les humains présents ? L’histoire en elle-même ne m’a pas convaincue, avec une narration peu immersive et la fin m’a laissée songeuse.

Aimer ce que l’on voit : un documentaire : dernière nouvelle du recueil, on finit en beauté (c’est le cas de le dire) avec un reportage fictif (avec interviews, etc) sur un mouvement social visant à oblitérer chez un individu, par un procédé médical réversible (la callignosie, abrégée en « calli »), sa perception de la beauté humaine. La narration est très particulière mais c’est un texte passionnant, parce que l’auteur creuse son sujet, étudiant tour à tour les positions des militants de ce procédé, les opposants, ceux qui ont tenté puis abandonné, puis y sont revenus, etc. Il étudie aussi les conséquences sociales, psychologiques, relationnelles de cette idée. De la belle SF intelligente.

Voilà, j’ai donc soigné mon syndrome « je n’ai pas aimé Ted Chiang », désormais transformé en « Lisez Ted Chiang ! ». Il faut croire que l’an dernier n’était pas le bon moment pour moi. Cela arrive, il est parfois salutaire de donner une deuxième chance aux livres, surtout quand tant de personnes vous le recommandent.

Merci à ceux qui m’ont fait revenir sur cette opinion !

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